Comment le stress et l’inflammation contribuent-ils aux pathologies dites de civilisation ?

La relation entre le stress et l’inflammation a été étudiée au cours des 10 dernières années mettant en avant l’inflammation dans la pathogenèse de nombreuses maladies chroniques.

En fait, 75 à 90 % des maladies sont liées en partie au stress et à l’inflammation, y compris les pathologies cardiovasculaires, les troubles métaboliques et les troubles neurodégénératifs[1].

Alors que la modernisation a considérablement augmenté la durée de vie, elle a également modifié radicalement les types de stress, entraînant des troubles de l’homéostasie (équilibre) générale.

Comment réagissons-nous au stress ?

La réponse biologique de stress se propage dans tout le corps entraînant la libération de neurotransmetteurs tels que la dopamine, la sérotonine et autre peptides « CRH » un facteur qui permet une augmentation de la vigilance et du traitement des informations reçues qui conduisent au choix de stratégies optimales pour faire face à l’agent stresseur.

A son tour, « l’ATCH » va stimuler la synthèse et la libération d’hormones glucocorticoïdes (cortisol) à partir des glandes surrénales.

Ensemble, le cortisol et les catécholamines libérées (Dopamine entre autres) vont agir en augmentant le tonus vasculaire, la pression artérielle et la fréquence respiratoire : Allez-vous fuir ou rester pour vous battre ? (Fuite ou combat)

Par ailleurs, la digestion, la croissance et la reproduction sont des fonctions très coûteuses en énergie et elles seront transitoirement inhibées. (Troubles de la digestion, ballonnements, douleurs, spasmes, problèmes de fertilité, aménorrhées secondaires)

Ces modifications biologiques qui nous permettent de réagir efficacement à un stress ne doivent cependant pas perdurer dans le temps pour ne pas affecter l’équilibre général.

Ces hormones ainsi libérées, agissent notamment sur notre cerveau pour éteindre les réponses au stress et retrouver l’homéostasie afin que notre corps soit prêt à faire face à un stress similaire.

Le terme de stress est passé dans le langage commun et souvent invoqué comme responsables de diverses maladies.

Un stress chronique est associé entre autres, à un risque accru de développer :

  • La dépression,
  • L’athérosclérose,
  • Les MAI
  • La mauvaise cicatrisation des plaies,
  • La NASH … ETC.

Comme mentionné précédemment, le cortisol est libéré par nos surrénales pour faire face à un stress. Selon une étude, la simple notion selon laquelle le stress chronique agirait sur le taux de cortisol circulant deviendrait moins évidente. Ce qui semble importer le plus, serait la manière dont les tissus cibles réagissent à cette hormone (le cortisol), plutôt que le taux de cortisol en soi.

Ce qui laisse sous-entendre que les examens de Cortisolémie à jeun ne seraient pas intéressants pour l’évaluation d’un stress chronique mais plus à même de dépister une anomalie de sécrétion surrénalienne…

Pour faire simple, le stress agiraient sur les récepteurs des glucocorticoïdes, qui entraîneraient une incapacité à réguler la réponse inflammatoire → le stress chronique entraînerait une résistance aux récepteurs des glucocorticoïdes.

La régulation de l’inflammation est sous le contrôle de l’axe, hypothalamus-hypophysaire-surrénalien HPS, et le stress perturbe la réponse de cet axe. Les niveaux de cortisol urinaires ne joueraient aucun rôle dans ce processus[2].

Les causes ?

Il a été démontré que les événements traumatiques ou stressants de la petite enfance étaient liés à une augmentation des risques cardiovasculaires chez la femme. Le stress au travail, le manque de sommeil, les troubles émotionnels ont quant à eux été corrélés aux pathologies CV chez l’adulte.

En naturopathie, adopter une vision holistique de la santé, nous permet de comprendre les facteurs qui ont pu avoir un impact sur la santé physique et mentale de notre patient.

De même, le stress oxydatif a une répercussion importante sur les MICI (Maladies Inflammatoires chroniques de l’intestin, telles que la RCH (Rectocolite Hémorragique) ou la maladie de Crohn.

Tout comme les pathologies dont je viens de parler, le stress, le tabagisme, l’alimentation participent également au développement des MICI (maladie inflammatoire de l’intestin) entraînant une homéostasie (équilibre) intestinale perturbée et une réponse inflammatoire déséquilibrée ou exagérée. Cependant les mécanismes par lesquels ce déséquilibre contribue à déclencher et à perpétuer l’inflammation et les dommages intestinaux ne sont pas entièrement connus.

Comment les thérapeutes de médecine fonctionnelle peuvent-ils cibler les facteurs de stress et les conseils qui peuvent améliorer la santé de leurs patients ?

Là est la question !

Exercice physique : De plus en plus de preuves indiquent les effets bénéfiques de l’exercice physique régulier dans la prévention et l’amélioration des troubles psychologiques ou métaboliques provoqués par le stress chronique[3].

De nombreuses études font le lien entre Yoga, méditation et amélioration du vieillissement cellulaire associé au stress oxydant et aux maladies de civilisation comme la dépression et les pathologies mentionnées ci-dessus.

Le yoga et la méditation pour les plus érudits dans ce domaine, modifieraient à la baisse les taux de 8OHdG, ROS, cortisol et IL-6 (Marqueur du stress oxydant et cytokines/molécules pro-inflammatoires) et augmenteraient le taux de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor – Protéine/neurogenèse – Voir articles sur ce site) et de sirtuine-1 (SIRT1-Facteur de longévité)[4].

Des outils tels que la chronologie des signes avant-coureurs, les causes, aident à identifier les domaines de vie où le stress peut être problématique et conseiller en première intention une approche axée sur la gestion du stress.

Par ailleurs, les études faisant le lien entre microbiote, hormones du stress et la fonction intestinale abondent. La communication bidirectionnelle le long de l’axe intestin-cerveau implique de nombreux systèmes incluant :

  • Le système endocrinien et organique,
  • Le système immunitaire
  • Le système nerveux central et entérique (intestinal)

Nous avons tous plus ou moins présentés des symptômes neurologiques après des troubles gastro-intestinaux. Et à l’inverse, le stress psychologique peut avoir eu un impact négatif sur l’équilibre de notre microbiote et la fonction gastro-intestinale. Un stress qui va influer négativement sur la barrière intestinale (protection) et la sécrétion de molécules pro-inflammatoires[5].

Identifier par la biologie préventive les déséquilibres du microbiote intestinal, permet au praticien de médecine fonctionnelle de recréer un écosystème sain dans l’intestin et de retrouver un bien-être psychologique et/ou physique optimal.

Le rôle du stress en résumé :

Le rôle du stress dans l’inflammation, la santé cardiovasculaire, la dépression, les troubles digestifs est important avec :

  • Une augmentation du cortisol et la résistance au cortisol.
  • Une inflammation et des troubles métaboliques, avec une augmentation de la glycémie, de l’hypertension et des risques CV.
  • Le stress n’a pas qu’un rôle négatif sur le système hormonal mais également sur notre processus métabolique en stimulant le système sympathique.
  • L’inflammation résulte entre autres d’une alimentation pro-inflammatoire, d’infections occultes ou d’autres facteurs qui modifient l’équilibre de notre microbiote.

Nous devons travailler avec la ou les causes profondes sous-jacentes en débutant par se poser les bonnes questions :

  1. Comment décoder le stress et quelles approchent pouvons-nous proposer ?
  2. Comment prenons-nous en charge l’inflammation ?

Non seulement travailler pour réduire l’inflammation mais avant tout trouver la cause profonde de cette inflammation avec une anamnèse précise, chronologique, associée si possible à un bilan d’investigation préventive (Bilan sanguin et autres).

Le stress et l’inflammation sont deux facteurs critiques que nous devons inclure dans toute évaluation et traitement des patients atteints de maladies cardio-métaboliques, ainsi que de maladies cardiovasculaires auxquelles je rajouterai les troubles ci-dessus mentionnés : Les atteintes neuropsychiques (Dépression, anxiété) et les MAI (maladies auto-immunes).

Les approches diffèrent d’un patient à l’autre. En passant par la santé du microbiote, la gestion du stress (Hypnose, relaxation, respiration, coaching de développement personnel) et la prise en charge de l’inflammation.

Les plantes adaptogènes font souvent partie intégrante du traitement, elles possèdent une action normalisatrice soit un effet régulateur et équilibrant sur l’organisme :

  • Rhodiola Rosea : Atténue l’anxiété et la dépression, stimule les fonctions cognitives en situation de stress et de fatigue et augmente la résistance au stress
  • Ginseng : Tonifie l’organisme, stimule la mémoire, reconnue pour son effet tonique général
  • Eleuthérocoque : Antistress, tonifie l’organisme, active la récupération en cas de fatigue, stimule le système immunitaire, atténue le surmenage intellectuel et optimise la période de convalescence
  • Ashwagandha : Très utilisée dans la médecine ayurvédique, elle renforce l’organisme et l’aide à récupérer tant sur le plan psychique que physique. Elle réduit l’anxiété et le stress et soulage les troubles du sommeil
  • Maca : Aux propriétés stimulantes et énergisantes. Redonne de l’énergie, améliore la résistance physique. Aide à lutter contre la fatigue, module l’humeur, reconnus pour ses effets aphrodisiaques.
  • Et les précurseurs des neuromédiateurs (sérotonine, dopamine etc.) : Fer, zinc, vit B, Magnésium etc.

Les traitements antiinflammatoires :

  • Boswellia : L’anti-inflammatoire naturel de la médecine ayurvédique sans les effets secondaires de certains AINS
  • Curcumine : La médecine traditionnelle indienne et chinoise lui prête des vertus thérapeutiques contre une grande diversité d’affections. Le rhizome de curcuma contient un ensemble de substances, les curcuminoïdes, dont la curcumine est la plus abondante. Puissant anti-inflammatoire contre les maladies chroniques. Les propriétés anti-inflammatoires de la curcumine ont fait l’objet de centaines d’études.
  • Gingembre : Le gingembre (Zingiber officinale) contient des substances proches des curcuminoïdes (Curcuma), les gingérolsil qui module à la baisse l’inflammation chronique, possède un fort pouvoir antioxydant. Stimule la sécrétion de bile et d’enzymes digestives.

La prise en charge de la santé intestinale :

Digestion haute et basse avec diverses recommandations en fonction des troubles identifiés ou selon diagnostic de votre médecin référent.

L’amélioration du sommeil :

Mélisse, valériane, passiflore, Eschscholtzia, Vit B12 (Méthylation de sérotonine en mélatonine – Défaut d’acidité gastrique).

Laurence Fuhrmann – Rendez-vous Doctolib en Cabinet ou en Visio

[1] Front.Hum.Neurosci., 20 June 2017. Yun-Zi Liu, Laboratory of stress medicine, Faculty of Psychology and Mental health.

[2] Research Article – Psychological and Cognitive Sciences. Sheldon Cohen, April 2, 2012, 109(16)

[3]  Tsatsoulis A, Fountoulakis S. The protective role of exercise on stress system dysregulation and comorbidities. Ann N Y Acad Sci. 2006;1083:196-213.

[4] Tolahunase M, Sagar R, Dada R. Impact of yoga and meditation on cellular aging in apparently healthy individuals: a prospective, open-label single-arm exploratory study. Oxid Med Cell Longev. 2017;2017:7928981

[5] Panduro A, Rivera-Iñiguez I, Sepulveda-Villegas M, Roman S. Genes, emotions, and gut microbiota: the next frontier for the gastroenterologist. World J Gastroenterol. 2017;23(17):3030-3042.